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Le 21 février 2026, la commune de Rouxmesnil-Bouteilles a rendu un hommage appuyé à Madame Boullard Francine à l’occasion de son centième anniversaire. Entourée d’élus, de sa famille et de ces voisins proches, la doyenne du village a reçu les félicitations émues du maire, Jean-Claude Grout.
« Il est des jours où être maire est un honneur. Et puis il y a des jours comme aujourd’hui où cela devient presque intimidant », a-t-il confié en préambule, soulignant le respect qu’inspire un siècle de vie. Cent ans d’existence, c’est avoir vu défiler les générations, assisté aux profondes transformations de Rouxmesnil-Bouteilles et traversé les grandes pages de l’Histoire.
Le maire a rappelé que Madame Boullard a connu quinze présidents de la République, de Gaston Doumergue à Emmanuel Macron, symbole d’une longévité exceptionnelle inscrite dans le temps national comme dans l’histoire locale.
Au-delà des événements marquants du siècle – les périodes d’inquiétude, notamment en temps de guerre – l’édile a mis en lumière les joies simples qui jalonnent une vie : les repas partagés, les fêtes de village, les saisons qui rythment l’existence. « Peut-être est-ce là le secret de la longévité : ne pas courir après le temps, mais marcher avec lui », a-t-il souligné avec émotion et une pointe d’humour.
Appréciée pour sa gentillesse et son ouverture aux autres, elle répond toujours présente aux rendez-vous communaux, comme la galette des rois ou le repas des aînés. Aujourd’hui, ses six enfants, ses six petits-enfants, ses quatorze arrière-petits-enfants et ses deux arrière-arrière-petits-enfants voient en elle un exemple de courage, de travail et de générosité.
En célébrant le siècle de vie de Madame Francine Boullard, c’est toute une mémoire locale que la commune a honorée : celle d’une femme simple et exceptionnelle, témoin d’un siècle d’histoire et profondément attachée aux valeurs de famille, de solidarité et de travail.
Décrite comme une représentante de la « génération silencieuse », Madame Boullard incarne, la sagesse tranquille, la patience et la discrétion. « Vous êtes une mémoire vivante de Rouxmesnil, le lien entre les habitants d’hier et ceux d’aujourd’hui », a-t-il affirmé, remerciant la centenaire pour son parcours et l’exemple qu’elle offre à tous.
La cérémonie s’est conclue par un vœu collectif : que Madame Boullard continue encore longtemps d’être cette figure bienveillante qui rappelle que le temps peut passer avec élégance, humour et dignité.
« Pour devenir centenaire, il faut commencer jeune », a conclu avec malice Jean-Claude Grout, sous les applaudissements de l’assemblée.

Portrait de Madame Francine Boullard, née Leroux
Née le 18 février 1926 à Vattetot-sous-Beaumont, Francine est la cinquième d’une fratrie de huit enfants. Son père, Eugène, est alors cantonnier de la commune, et sa mère, Vitaline, lave le linge à domicile, à la brosse et au baquet, parfois avec un bébé dans le landau. Quelques années plus tard, la famille s’installe à Mirville, dans une dépendance située dans le parc du Baron de Coubertin. Ses parents y retrouvent du travail, et la jeune Francine y poursuit toute sa scolarité. Élève brillante, elle termine toujours première de chaque cours.
En 1939, elle obtient brillamment son certificat d’études. À seulement 13 ans, elle part travailler à Bolbec, à 6,5 kilomètres de Mirville, où elle est embauchée dans une librairie pour y faire le ménage, ainsi que dans d’autres maisons. En pleine occupation, elle se rend chez ses employeurs au milieu des troupes allemandes. Plus tard, elle rejoint Le Havre pour travailler chez un libraire-imprimeur, tout en s’occupant de deux garçons de 10 et 12 ans. Rapidement « adoptée » par la famille, elle les suit lorsqu’ils franchissent la ligne de démarcation. Elle passera huit mois en Auvergne avant de revenir au Havre, après l’occupation totale du territoire français en novembre 1942.
C’est lors du bal des écoles à Mirville, en 1945, qu’elle rencontre Jean, soldat chargé de garder le viaduc de Mirville, dont deux arches avaient été détruites en 1944. Le 2 décembre 1945, à Luneray, ils se marient et s’installent à Mirville. Francine devient alors garde-barrière sur la ligne Gravinchon-Bréauté, un métier qu’elle affectionne particulièrement : « On voyait du monde à qui parlait », confie-t-elle. Pendant trois ans, elle occupe ce poste tout en élevant ses trois premiers enfants : Claudine, Jean-René et Anne-Marie.
En 1949, la famille s’installe à Luneray. Jean est embauché à la SNCF, tandis que Francine se consacre à son foyer, sans jamais ménager sa peine. Elle aide régulièrement ses beaux-parents, participe aux lessives du lundi, prend part aux moissons d’été et au ramassage des pommes à l’automne pour la fabrication du cidre. Elle tient à ce que ses enfants découvrent et participent à la vie locale : patronage, distribution des colis de Noël aux personnes âgées… Les sorties à vélo vers Saint-Aubin-sur-Mer ou Quiberville restent des souvenirs précieux, tout comme les escapades organisées en camion (avec un banc à l’intérieur) mis à disposition par l’entreprise Démarais, moments simples et conviviaux.
En 1958, la famille s’agrandit et s’installe rue du Champ de Courses à Rouxmesnil-Bouteilles, dans un logement proposé par la SNCF. Joël vient compléter la fratrie, bientôt rejoint par Dominique et Isabelle. Mère de six enfants, Francine demeure infatigable. Elle prépare des gâteaux pour les rencontres de tir à l’arc auxquelles participe son mari et, lorsque ses enfants grandissent, propose ses services pour faire des ménages chez des habitants de la commune.
À la retraite de Jean, le couple déménage Cité Bellevue, où Francine réside toujours. Même centenaire, elle entretient son jardin avec soin, traquant les mauvaises herbes, tout en échangeant avec ses voisins. « Rester active », telle semble être sa devise, et peut-être le secret de sa longévité.